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Texte de Christiane Laforge


Lu à la présentation de Richard Bouchard


au Gala de l’Ordre du Bleuet, le 11 juin 2016



Pour certaines personnes, le destin endosse parfois le rôle d’un marionnettiste jouant avec le fil de leur vie sur une scène qu’ils ne pensaient pas fréquenter. Richard Bouchard en sait quelque chose. Philosophe en herbe, qui rêvait d’être ou porteur de ballon ou joueur de hockey, idéaliste cherchant comment être utile, il succombe à 8 ans à la séduction du théâtre. Il se voit brûler les planches comme ses sœurs jouant dans les Belles-Sœurs de Michel Tremblay ou s’incliner sous les bravos comme humoriste et comédien. Et le voici directeur général et artistique de l’École nationale d’apprentissage de la marionnette du Saguenay qu’il a fondée en 1990 avec Réjean Arsenault, Clermont Lavoie, Jean-Guy Boily et le très regretté Gabriel Bouchard.


Tout commence le 24 avril 1957 à Port-Alfred alors que Richard vient au monde dans une famille où la musique et le chant agrémentent la vie de 11 enfants. Gabrielle Blackburn, femme au foyer, aime la lecture et les arts. Pierre Bouchard, chef d’équipe à l’usine de pâte et papier de sa ville joue du violon ainsi que du banjo. Un instrument qu’il a fabriqué en récupérant ce qu’il pouvait aux Îles aléoutiennes de Kiska où les troupes américaines et canadiennes avaient débarqué en 1943 lors de la Deuxième Guerre mondiale. Une inspiration pour son fils qui construira ses premières marionnettes à gaine à partir de matériaux récupérés : fil de fer, papier mâché et bien des objets mécaniques pour les articuler.


Après le théâtre amateur de ses jeunes années, Richard compose un premier duo d’humoristes, Talaboum-dié, émule de Paul et Paul, créant des marionnettes à leur effigie. Technique articulée qu’il utilisera pour concevoir un Salvador Dali ainsi que son célèbre monsieur Boudrias. Lors de la production du texte de Marie-Claire Blais, La Belle et la Bête, initiée par l’UQAC dont les Têtes heureuses prendront le relais, Pierre Fortin, professeur et artiste, fait appel à l’expertise de Richard Bouchard, démontrée avec succès dans un de ses précédents spectacles, La grande fête, de Richard Desgagnés. Mais cette fois, il s’agit de concevoir dix marionnettes géantes de 4 à 6 mètres de hauteur manipulées à vue.



Les pièces du puzzle de la destinée se mettent en place. La plus ancienne date de 1974, à l’hôpital de La Baie alors qu’il anime un atelier de bricolage sur cuir auprès de malades chroniques. Pour les sortir un moment de l’ambiance du centre hospitalier, il organise une croisière sur la Marjolaine, plus près de l’esprit d’un Vol au-dessus d’un nid de coucous que de la routine règlementaire. En 1981, il nage en pleine Mer ensorcelée. « Je suis venu au monde avec les enfants de l’école primaire Saint-Félix d’Otis, confie-t-il, auprès de 23 enfants désignés “cas problème” ». Avec eux, il produit un spectacle de marionnettes, les incluant dans toutes les étapes de la création. La mer ensorcelée sera jouée devant 12 000 personnes en 16 représentations et fera l’objet d’un reportage à l’émission Femmes d’aujourd’hui de Radio-Canada lors de sa présentation au Vélodrome Olympique devant plus de 4 000 spectateurs. Cette magistrale expérience, où l’art de la marionnette se conjugue avec l’approche thérapeutique, sera les prémices à la fondation de l’ÉNAM. Un colloque sur la marionnette et la thérapie, tenu en France en 1982, le convainc d’explorer davantage « ce merveilleux moyen d'aider des gens aux prises avec des problèmes de santé mentale ». Il effectue un stage de 600 heures auprès de Jean-Pierre Lescot, marionnettiste à l’Institut International de la Marionnette à Charleville-Mézières, où se tient le Festival mondial des théâtres de Marionnettes réunissant des troupes de 40 pays provenant des cinq continents. À son retour, avec ses complices de toujours, il crée une troupe de marionnettistes professionnels, le Centre Populaire de la marionnette du Saguenay qui sera très active jusqu’en 1990.



« Moi qui rêvais alors de jouer des grands classiques du répertoire théâtral et de faire du théâtre expérimental, je me retrouve dans une troupe de théâtre de marionnettes, dans un local situé dans le sous-sol d'un centre de loisirs d'Arvida, raconte Richard. Mais, marchant sur mon orgueil et dénichant en moi des ficelles populistes, je me joins à la joyeuse troupe de marionnettistes, tout enjoué et disposé que je suis, alors, à faire de mon mieux avec cet art qui, en fait, ne s'éloigne pas vraiment du théâtre. »


En septembre 1985, le spectacle environnementaliste Uni-Vers, créé avec la collaboration de Dominique Lévesque du Groupe Sanguin, propulse la compagnie en Europe pour une tournée de deux mois. En parallèle, de 1983 à 1989, Richard Bouchard, directeur général et artistique du CPMS, met tout en œuvre pour réaliser un projet majeur qui deviendra un fleuron de Jonquière : le Festival international des arts de la marionnette. « En fait, Charleville a représenté la grande influence qui stimula chez moi tous ces efforts de créer des spectacles et de développer dans la région des activités évènementielles. » Après 12 éditions spectaculaires, cet évènement international bisannuel, a déclaré faillite, au grand dam d’une communauté artistique peu encline à se résigner. Loin de mourir, Le FIAMS renaissait en 2015, sous la direction du Théâtre La Rubrique.


Homme de projets, Richard Bouchard sème des idées et les saisons font leur œuvre. Après le CPMS, depuis 1990 il contribue à développer l’École nationale d’apprentissage par la marionnette. L’art au service de l’humain. « L'ÉNAM touche tout ce qu'on peut faire avec la marionnette. C'est un médium artistique qui peut aider les gens à se développer et à aller chercher de l'émotion. C'est donc un outil qui touche autant les arts que l'éducation et la santé », résume ce passionné. Une série de cinq courts métrages, De l’ombre à la couleur, réalisée par Alain Corneau diffusé sur le site WEB de La Fabrique culturelle, a saisi avec émotion et sensibilité l’esprit exceptionnel qui règne à cet école fondée par Richard Bouchard.



Il a beaucoup donné. Sa contribution au développement de l’art de la marionnette, comme création artistique et comme outil thérapeutique est exemplaire. Et pourtant sa fierté demeure ses trois enfants, Samuel fils d’un premier amour, Anaïs et Maïté, filles de Véronique, sa conjointe depuis 30 ans. « Malgré ma passion pour le théâtre de marionnettes, écrit-il, ils seront toujours ma priorité. Ce sont des artistes, sensibles aux autres, attentionnés, passionnés. Ils vont jusqu’au bout de leur projet. » Ce soir, pour ces mêmes raisons nous rendons hommage à leur père. »


Le 11 juin 2016


RICHARD BOUCHARD



Marionnettiste, co-fondateur de l’ÉNAM
et du CPMS,

initiateur du Festival des arts de la marionnette



fut reçu membre de

l’Ordre du Bleuet




dimanche 24 juillet 2016

        

POURQUOI L'ORDRE DU BLEUET

L'intensité et la qualité de la vie culturelle et artistique au Saguenay-Lac-Saint-Jean est reconnue bien au-delà de nos frontières. Nos artistes, par leur talent, sont devenus les ambassadeurs d'une terre féconde où cohabitent avec succès toutes les disciplines artistiques. Cet extraordinaire héritage nous le devons à de nombreuses personnes qui ont contribué à l'éclosion, à la formation et au rayonnement de nos artistes et créateurs. La Société de l'Ordre du Bleuet a été fondée pour leurs rendre hommage.La grandeur d'une société se mesure par la diversité et la qualité de ses institutions culturelles. Mais et surtout par sa volonté à reconnaître l'excellence du parcours de ceux et celles qui en sont issus.